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Nom du blog :
chroniqueskirgan
Description du blog :
L'histoire de Kirgan, un magelame, qui saura entrer dans la légende du Royaume de Middas...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
06.01.2008
Dernière mise à jour :
09.04.2008
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Entrée en matière : Les Chroniques de Kirgan

Posté le 06.01.2008 par chroniqueskirgan
Par quoi commencer... Peut-être simplement par un "bonjour" banal. Je suis fan de Fantasy depuis l'adolescence, et j'aime écrire. Quoi de plus naturel de proposer quelques ébauches de mon humble travail. Je souhaite simplement avoir vos opinions, vos conseils. Votre avis est très important... le positif, comme le négatif. Voici donc le début des Chroniques, LES MAGELAMES.

INTRODUCTION

Posté le 06.01.2008 par chroniqueskirgan
« Avant que les êtres intelligents ne marchent, ils étaient pris entre deux feux. Deux races existaient bien avant eux : Les Anges, et les Démons. C’est ainsi qu’eux même se nommaient, même si le vrai nom s’est perdu. Les Anges se revendiquaient Justice, et Amour, alors que les démons désiraient plus que tout le Chaos, et la Haine. Les démons faisaient la Guerre, car leur nature même le leur dictait, et les Anges parce qu’ils devaient se défendre, mais tous faisaient la Guerre.
Les Démons, et les Anges commençaient à voir l’intelligence se développer chez certaines créatures. Ces créatures primaires devinrent des esclaves serviles pour les démons, et de jeunes apprentis pour les Anges. Le temps s’écoula durant des millénaires, et ce faisant, les créatures primaires s’éveillèrent de plus en plus, leur savoir ne faisant que s’accroître. Cette période est appelée « L’aube des Hybrides », car les Anges, et les démons s’accouplèrent avec les créatures primaires. Il en découla de nombreux rejetons. A cette époque, il existait autant de type d’hybrides, que de type d’anges, et de démons : Des milliers. La Guerre continuait, et il n’y avait aucun vainqueur.
La Race primaire n’existait bientôt plus, le sang des anges, et des démons étant brassé depuis des millénaires. Les Hybrides se posaient de plus en plus de questions sur leurs existences, et vénéraient en secret, leurs dieux. Les démons, et les anges vénéraient des dieux qu’ils croyaient tout puissants, et les hérétiques étaient traités avec une dureté extrême. Pourtant, beaucoup d’hybrides pensaient qu’ils étaient nés de la main d’autres divinités, et le cachaient.
Au fil des siècles, des clergés secrets s’édifiaient chez les hybrides, et leur foi était grande. C’est alors que les Anges, et les Démons commencèrent à mourir lentement. Ils semblaient contracter une terrible maladie contagieuse. Ces jours furent appelés « La Rage des vrais dieux », par les Hybrides. Les Anges, et les Démons utilisèrent des magies inconnues, et édifièrent de vastes portails. Ils s’enfuirent vers d’autres mondes, pour ne pas mourir de maladie. Ils commandèrent à leur progéniture hybride de continuer la Bataille. On ne les revit plus jamais, et la plupart des portails furent détruits par les nouveaux clergés. Le temps était venu pour les hybrides de régner sur le monde.


En cette nouvelle époque, les hybrides n’étaient pas en paix. Ils se faisaient la Guerre. Certains restèrent fidèles à leur maîtres, et à leurs idéaux, harcelant les hybrides opposants. D’autres faisaient la Guerre pour convertir au nom de leur divinité. Enfin, les derniers faisaient la Guerre, car c’était la seule chose qu’ils savaient faire. C’est pourquoi l’époque suivant la disparition des démons, et des anges est appelée : « l’âge de sang ». Durant ces nombreux massacres, des races disparurent totalement, et la Guerre dura plus de cent ans.
Finalement, les ethnies se disséminèrent, pour voyager à travers le vaste monde. Les peuples construisirent des cités, élaborèrent leurs propres dialectes, et comme de jeunes enfants à l’abandon, ils apprenaient à grandir, pour tenter de prospérer. La Langue commune fut créée pour facilité les échanges commerciaux, car chaque groupement avait créé son propre langage. C’est aussi pourquoi, en langue commune, les démons sont appelés Daeva, et les anges, Ahoura. Le vrai nom de ces créatures a été perdu à jamais. Au fil des siècles, les Guerres survenaient parfois, mais elles ne se propageaient plus à une échelle planétaire. Les hybrides démons, et anges en vinrent même à s’accoupler entre eux, et des passions naissaient entre tous les Hybrides. C’était le temps des « Premiers Âges ».
Des puissances militaires, et commerciales devinrent de véritables royaumes. Le passé des Daevas, et des Ahouras était bien lointain. Chaque individu essayait de poser sa pierre à l’édifice, pour aider à construire sa nation, avec ses rois, ou seigneurs. Certaine nation de notre époque date de ce « Deuxième Âge ». Des Pays virent le jour sur toute la surface de notre continent, comme des fleurs en pleine éclosion. Les races étaient à peu près semblables à celle connues de nos jours. C’est durant cette époque que des premiers rituels dépravés virent le jour, donnant naissance aux Oméga… ».
Madame Killine s’interrompit énervée, puis frappa la tête d’un élève endormit.
- Daggenpot ! Vous pourriez avoir l’amabilité de faire au moins semblant d’écouter, grogna-t-elle.
Le dénommé Daggenpot, un jeune humain grassouillet, ouvrit les yeux de surprise, et tenta de sourire, sans succès. Son visage rose n’affichait qu’une vague grimace d’excuse.
La maîtresse soupira tout en jetant un coup d’œil à l’horloge de pierre au-dessus de son bureau, et haussa la voix :
- Bien,… il est l’heure ! Vous pouvez partir jeunes gens, mais n’oubliez pas de résoudre les exercices un, et deux pages cent vingt-trois.
Les derniers mots de miss Killine s’éteignirent dans un concert de frottement de chaises, les élèves jetant précipitamment leurs affaires, dans leurs sacs à dos. En une minute, la classe était vidée, les couloirs résonnant de nombreux pas.
Dellerta Killine s’approcha des fenêtres de la classe, fixant le mur d’enceinte du collège, et sa haute tour de sorcellerie. Ses yeux se perdirent sur les meurtrières du onzième étage de la tour. En se concentrant un peu, elle apercevait des salves d’énergie blanches et rouges. Elle ne put s’empêcher de glousser de plaisir. Elle pouvait presque sentir les blessures des élèves, et le sang leur monter aux tympans sous l’effort physique et mental, pour survivre aux créatures qu’ils affrontaient. Dellerta se détourna de la fenêtre. Sa nature d’Erynie n’effrayait plus beaucoup les élèves, ils savaient qu’elle était civilisée, et surtout, elle était professeur. Elle trouvait cela tellement dommage. A ses débuts, sa peau rouge sang, lisse et parfaite provoquait une émotion de crainte primitive, mais maintenant tout le monde s’était habitué. Ses tresses encadraient une demi-douzaine de petite cornes, autour de son crâne, telle une couronne. Pourtant, cela non plus n’effrayait plus.
Dellerta s’assit à son bureau, quelques élèves venaient d’entrer, lui adressant de timides bonjour. Elle feuilleta son classeur pour constater avec horreur que le sujet de cette heure serait sur la Guerre du Bourbier. Heureusement, l’ennui ne serait que temporaire, car cette heure serait la dernière de la journée.

L'EPREUVE

Posté le 06.01.2008 par chroniqueskirgan
Le Onzième étage de la tour de sorcellerie paraissait grossier, brut de construction, malgré tous les enchantements de ses fondations. Les murs, le sol, le plafond, tout portait à croire qu’il s’agissait d’une grotte de pierre. En fait, cette salle était un vaste cercle de cinquante mètres de circonférence, pour six mètres de hauteurs. Des stalactites, et des stalagmites pendaient même ça et là, suintant d’humidité. Des vapeurs de brumes noires s’élevaient près des murs, ne laissant présager aucune porte. Le plus troublant dans cette salle demeurait une ligne aux reflets vert émeraude, séparant la pièce en deux parties égales. La plupart du temps, la pièce était vide de tout individu, mais pas aujourd’hui. Le professeur
Maximilian Roctonne, un nain respectable, avait prononcé un mot, et la ligne prison s’était dressée comme une vague, séparant la pièce en deux. Il regardait avec ferveur le combat d’un élève prometteur : Kirgan Berthon. Le jeune humain se débattait comme un beau diable, pour échapper à une pieuvre planaire.
La créature monstrueuse, issue d’un autre monde, semblait folle de rage. Le tentacule claqua dans l’air, l’élève comprenait que la fuite n’était pas la solution. Le professeur Roctonne restait derrière la ligne de prison, observant le combat. Celui-ci se déroulait plutôt mal. La Pieuvre Planaire flottait dans les airs, secouant mollement ses huit tentacules pour se maintenir à cinquante centimètres du sol. L’élève Kirgan avait lancé pas moins de trois sortilèges sur la créature, sans vraiment de succès. Roctonne admettait que le jeune prodige avait fait de bons choix. Il avait d’abord tenté un sort de déshydratation, faible, mais efficace contre les créatures ayant l’eau pour affinité. Le second sort était plus discutable, car Kirgan avait employé un poison magique, pour affaiblir la pieuvre. C’était cependant avec une idée précise en tête, car son troisième sort consistait à augmenter l’afflux de sang de la pieuvre dans son corps, le poison agissant plus rapidement.
- Ce garçon a vraiment une tête bien faîte, marmonna Roctonne, en observant son élève. Il lissa sa barbe, et sourit en constatant que la pieuvre avait néanmoins l’avantage.
Elle brandit un tentacule vers la droite, et Kirgan se jeta sur la gauche pour éviter le coup, mais il sentit une douleur dans l’épaule. La pieuvre l’avait frôlé. Kirgan brandit son épée longue devant lui, sur la défensive. La sueur tombait de son front à grosse goutte, et il se savait empoisonné par le simple contact de la créature. Reculant lentement, il posa la main gauche sur la poche de son gilet. Il sentit les deux pierres élémentaires qui lui restait. Il ne pouvait plus utiliser que deux sorts de débutant. Il devait réfléchir, et vite. Kirgan frappa sur sa droite, et sa lame rebondit sur le cuir gluant d’un tentacule s’apprêtant à frapper. D’un geste expert, il accompagna le mouvement de son épée, et roula au sol. La Pieuvre poussa un glapissement énervé, et ses tentacules s’agitèrent pour se rapprocher de Kirgan. Celui-ci savait qu’il avait gagné une dizaine de secondes de répit, pas plus.
- Il y a une solution Kirgan, rugit Roctonne. Il y en a toujours une !
La voix de son professeur, fit à Kirgan l’effet d’un électrochoc. Tous les nains étaient-ils aussi sadique que lui ? C’était assurément une question que le jeune homme lui poserait, s’il survivait à cet affrontement.
- Je ne peux pas utiliser mes sorts les plus puissants, récapitula-il dans son esprit. Les gemmes élémentaires sont de trop petite taille. On dirait que la pieuvre planaire peut briser naturellement les plus faibles magies. Les armes normales ne la blesseront pas non plus…
Kirgan dévia un tentacule, de la pointe de son épée. La colère, et un incroyable sentiment d’impuissance le submergea. Ses mains tremblaient, et le poison faisait son chemin jusqu’à son cœur. Dans quelques minutes, il serait mort, vidé de son sang par la pieuvre… Oui ! C’est ça, LE SANG, hurla Kirgan, intérieurement.
Le tentacule de la pieuvre frappa le sol, puis glissa sur le sol jusqu’à la jambe de Kirgan. Le coup fut tel que le jeune homme fut renversé au sol. Les tentacules s’approchèrent pour le saisir, mais sa détermination était comme neuve.
- Navilyaa Shabbeth, rugit Kirgan en incantant son sort.
Une lumière Rouge émana du jeune homme, des arcs de feu glissèrent sur les tentacules de la pieuvre, et ses yeux devinrent blancs sous la chaleur, et la lumière aveuglante du sort. La créature planaire se désagrégea en une lumière bleue, son corps retournant dans son monde.
Kirgan ne sentait plus ses bras, du sang montait dans sa gorge, et il cracha pour respirer. Il entendit des bruits de pas. Il sentait une odeur de brûler, son sort devait avoir réussi. La douleur laissa place à l’inconscience.


*****


Le vent secouait inlassablement le carrosse. Pour ajouter aux désagréments du voyage, la pluie se mettait également à tomber. Le conducteur rabattit la capuche de son manteau de fourrure, et d’un geste les rênes claquèrent sur les chevaux. L’allure du carrosse augmentait sensiblement, mais les bêtes luttaient déjà contre le vent. Une voix surgit alors de l’intérieur du carrosse, étouffée par le vent. Le conducteur en second, tout aussi emmitouflé que le premier se pencha vers l’habitacle des passagers. Par la fenêtre de la portière, l’honorable premier secrétaire de l’état, hurlait à pleins poumons :
- Sommes-nous encore loin ?
- Cinq heures, répondit le conducteur.
Frustré, Aloüsius Broots, rentra sa tête dans l’habitacle, et tira les rideaux. Le secrétaire se considérait patient, mais la superstition des indigènes, lui avait valut un détour de plus de sept heures de carrosses. Ces pauvres gens pensaient que les animaux attaquaient à vue tout individu entrant dans la forêt entourant le collège de Beïfrost. Cette plaisanterie était assurément de mauvais goût. Lorsqu’il arriverait enfin à parler avec le grand maître de l’école, il lui demanderait de casser ce mythe, pour faciliter les voyages. Le dos du secrétaire émis un léger craquement, et celui-ci se massa doucement. Cela faisait plus de deux jours qu’il voyageait jusqu’à la frontière de Middas. Cela d’ailleurs l’inquiétait un peu, le pays voisin : Jotunheim, n’était pas entré en conflit depuis seize ans, mais peut-être que ces barbares changeraient bientôt d’avis. Il se rassura en pensant que le collège rempart de Beïfrost avait toujours tenu en échec les ennemis. Son rempart était un mur long de près d’un kilomètre, et haut d’une dizaine de mètres. Sa tour de plus de cinquante mètres de hauteur comportait, dit-on, trente étages de magie puissante. L’enseignement dispensé était le plus dur du Royaume de Middas, mais les généraux, et les archimages les plus compétents en sortaient. Cela faisait plus de deux cent ans que ce bâtiment prestigieux existait, mais il y avait toujours eu un problème persistant. Beïfrost demeurait un petit pays à lui tout seul, bien que dévoué tout naturellement à la couronne de Middas. Le secrétaire n’avait jamais compris pourquoi les rois avait toléré une telle chose : laisser un Mage dirigé l’ensemble de Beïfrost. Certes le niveau des étudiants était élevé, et la loyauté envers Middas, toujours prouvée, mais il n’aurait pas eu besoin d’effectuer une visite d’inspection, si le roi lui-même dirigeait la forteresse. Il n’aurait pas eu besoin de s’éloigner vers la froidure du Nord, et de la civilisation apportée par la capitale.
Aloüsius se recroquevilla dans sa veste en laine, le froid lui mordait les mains. De plus, les rumeurs qu’il avait entendu, ne lui plaisait guère. L’archimage actuel : Vladimir Grünhe, recueillerait des races issues des daevas pour en faire des professeurs. Le secrétaire doutait que cela soit vrai, même si les daévaniques faisaient partie des Alphas, comme les humains, les elfes, et les nains, ils étaient de nature plus violente. Leur nature devaient en faire de piètres enseignants, alors que les ahouranes étaient nés d’une branche plus sage. Aloüsius fit glisser un rideau, jetant un œil dehors. La nuit commençait à tomber, et il arriverait bien tard à destination. Fermant les yeux, il imagina qu’elle serait l’accueil qui lui serait réservé à Beïfrost. Il supposait qu’il y aurait une escorte de soldats levant leurs armes devant lui, pour le saluer dans une rigueur toute militaire. La bannière verte, et or, avec l’épée, et la plume de Middas, flotterait fièrement sur le vent. Il pourrait alors échanger plusieurs mots avec l’Archimage, un homme qu’il espérait censé. Sans s’en rendre compte, le secrétaire d’État s’assoupit.


*****


Kirgan commençait à ouvrir les yeux, et sentit une main sur la sienne. Il était allongé sur un lit blanc, et reconnut l’infirmerie. Près de son lit, il vit Dael, son jeune frère. Il semblait s’être assoupit sur sa chaise, la tête penché en arrière, ses cheveux blonds cachant ses yeux. Kirgan s’assit doucement dans son lit, un sourire timide sur les lèvres. Il avait causé des soucis à son frère, et il n’aimait pas ça. Depuis que Kirgan avait perdu ses parents à l’âge de quatorze ans, il s’était toujours occupé de Dael, qui avait dix ans à l’époque. Maintenant qu’il en avait vingt-quatre, Kirgan se rendait compte à quel point ils avaient grandis. Dael ouvrit un œil, et bailla. Lorsqu’il se rendit enfin compte que son frère était réveillé, il se leva d’un bond.
- Tu es réveillé, dit-il souriant.
- Oui, assura Kirgan.
- C’est merveilleux, répondit Dael, en se jetant dans les bras de son frère. Le médecin avait dit qu’il faudrait quelques jours, mais tu es déjà réveillé !
- Bien, bien, calma Kirgan. Peux-tu me dire combien de temps s’est déroulé depuis que je dors comme une masse ?
- Cela fait a peu près dix-huit heures maintenant.
- Si longtemps, murmura le jeune mage.
- Alors ? Qu’as-tu donc fait cette fois, demanda Dael, en tapotant de l’index le front de son frère. Les médecins ne veulent rien dire, à un simple écuyer.
- Ahaa, désolé monsieur l’écuyer, mais cela est un secret des magelames, répondit Kirgan en mimant un salut militaire.
- Arrête de te moquer de moi, sourit Dael, en donnant de faux coups de poings dans le ventre de son frère.
- Arrête ! Arrête ! C’est bon, souffla son grand frère en riant de bon cœur. Pour simplifier, j’ai passé mon épreuve physique.
- Quoi, s’insurgea Dael. Tu ne m’avais rien dit !
- Je sais, dit Kirgan, mais l’on m’a fait jurer de le tenir secret, même à mon propre frère. Cela n’a pas été facile à garder, crois-moi. Le stress me dévorait de l’intérieur.
- Oui, mais…
- Si cela peut te rassurer, l’archimage lui-même, ne le savait pas, coupa Kirgan.
Une longue minute de silence fut brisée par Dael.
- Je suis désolé, je ne voulais pas t’énerver. Cela n’a pas dû être facile.
- Ce n’est pas grave.
Un grommellement se fit entendre à l’entrée de l’infirmerie. Les deux frères tournèrent la tête pour apercevoir un nain trapus, au visage basané, et à la longue barbe noire, passée dans sa ceinture. Celui-ci toisa les deux jeunes gens, et sourit.
- Professeur Roctonne, s’exclama Kirgan.
- Je suis heureux de te voir debout, répondit le nain. Je ne vais pas vous déranger. Je passerais un peu plus tard.
- Je vous en prie, professeur, salua Dael. Je dois retourner à mon poste.
Sur ces mots, l’écuyer tapota l’épaule de son frère, et sortit. Le nain s’approcha de son élève d’une démarche un peu gauche, et lourde. Malgré sa chemise ample, le nain avait une carrure impressionnante, très large. Cela tranchait parfaitement avec sa taille, ne dépassant pas un mètre quarante. Le professeur s’assit sur la chaise.
- Monsieur, commença Kirgan. Vous vouliez que j’utilise la magie du sang, n’est-ce pas ?
- Oui, et tu l’as très bien compris.
- Je… je croyais qu’il ne fallait pas l’utiliser. Durant les cours, les professeurs n’abordaient presque jamais la question.
- Durant les cours…, grommela le nain. C’est de la théorie, mon petit, les cours sont de la théorie. La réalité est bien différente, et c’est ce qu’il te manquait.
- Je ne comprends pas. J’ai pourtant déjà combattu, et étudié divers créatures planaires.
- C’est vrai, concéda le nain, mais tout cela était préparé soigneusement, pour éviter les accidents. Penses-tu vraiment que les combats sont tous aussi bien préparés. Jusqu’à hier, tu n’avais jamais vécu un combat aussi dur, n’est-ce pas ?
- Oh ! Oui, admit Kirgan. J’ai cru ma dernière heure arrivée.
- Précisément, s’exclama Roctonne. Tu as vu le danger en face de toi ! Tu n’avais que des poussières de gemmes élémentaires, insuffisantes pour incanter autre chose que des sorts de novices. Tu as donc fait la seule chose que tu pouvais : utiliser ton propre sang.
- Oui, mais que ce serait-il passé si je n’avais pas braver l’interdit ? Auriez-vous intervenu ?
- Tu serais mort, répondit froidement le nain.
Kirgan savait qu’il y avait un risque. Certains élèves qui prétendaient au titre de Magelame, partaient de l’école affreusement mutilés, mais il n’avait jamais réfléchi au fait que certains n’étaient tout bonnement jamais repartis.
Le jeune humain sourit tristement au nain :
- Je comprends.
- Le sang est un catalyseur puissant, reprit le nain. Tous les êtres pensant possèdent en eux l’essence même de l’eau, du feu, de l’air, de la terre, du bien, et du mal. Le prix doit cependant être payé... Par la souffrance. J’avoues que tu n’y a pas été de main morte, c’est pourquoi tu as sombré dans le coma.
- Je me suis dit, tant qu’à être dévoré, autant utiliser mon meilleur sort.
- Bien, dit le nain, en se levant. Je vais te laisser. Nous nous retrouverons pour ton adoubement.
- Quoi, s’exclama Kirgan. A votre mine, je pensais avoir échoué près du but.
- Tu as réussi, assura Roctonne en secouant la tête. Tu seras dès demain Magelame, au service de la Couronne de Middas.
Le visage de Kirgan se crispa en un sourire fier. Le nain commença à s’éloigner en ajoutant :
- De toute façon, je doute que les médecins puissent te garder encore longtemps au lit.
Les couloirs de l’infirmerie résonnèrent alors, d’un cri de joie.

L'ATTAQUE

Posté le 09.04.2008 par chroniqueskirgan
Dellerta gravissait les marches vers le cinquième étage de la tour de sorcellerie. Elle avait à peine eût le temps de ranger ses affaires, et ses notes pour les cours des « deuxième année » .L’archimage lui avait envoyé un serviteur, pour qu’elle se rende dans la salle des veilleurs. Son tour de veille était prévu pour le lendemain, mais l’affaire devait être urgente. La lueur des torches le long des parois de pierre reflétait la peau rouge de l’érynie. La mine inquiète de son visage, la rendait bien plus effrayante que d’ordinaire. Dellerta s’arrêta devant un mur de pierre nu, du moins pour un œil non avertit. La main de la professeur effleura la roche, où de vieilles runes étaient gravés, le mur s’évanouit par enchantement.
La salle des veilleurs était une salle assez banale, qui n’aurait pas mérité de tant de protections, s’il n’y avait le matériel coûteux entreposé. Elle possédait très simplement quatre murs de pierre taillée, ainsi qu’un modeste drapeau symbolisant l’épée, et la plume de Middas. Dellerta se souvenait l’avoir décroché de la tour, pour l’entreposer ici, sur ordre prioritaire. Pourquoi ? Avait-elle demandée à l’Archimage. Celui-ci avait simplement souligné les nombreuses altercations avec les Heimites, habitants du Jotunheim. Cela semblait les provoquer, que d’exhiber le drapeau de Middas, à tous les vents. Pour Dellerta, c’était un petit regret. Les Heimites se tenaient à carreaux, alors elle ne pouvait plus se défouler sur eux. Elle soupira, en entrant dans la pièce. La plus grande curiosité de la pièce était sans nul doute la fontaine miroir, une cuve de cinq mètres de diamètres, remplie d’une eau argentée, et pâteuse. Dellerta s’en approcha, et se rendit compte qu’elle n’était pas seule. Le professeur d’anatomie, Gallis Feez, demeurait en tailleur derrière la fontaine, en pleine lecture d’un épais ouvrage. L’enseignant faisait partie des alphas daevaniques, race mêlée aux anciens êtres démoniaques, tout comme Dellerta. Pourtant, quelques chose ne lui plaisait pas dans l’attitude du professeur. Elle le trouvait trop sournois, et d’une désinvolture extrême. Gallis ne daigna pas lever son museau de son livre, lorsque Dellerta fut à deux mètres de lui.
- Bonsoir Gallis !
- Bonsoir…., répondit-il au bout d’une longue minute.
- Tous les Cabires sont-ils aussi peu bavards ?
Gallis secoua la flamme de sa queue serpentine, de dédain. Il articula chacun de ses mots, sans quitter son livre.
- S’il fallait juger tous les individus à leur race, je pense sincèrement que je ne serais pas ici, Dellerta. Les autres seront bientôt là, j’aimerais finir de lire ce passage, avant leur arrivée !
Gallis esquissa un geste de la main, pour demander à Dellerta de s’éloigner. Celle-ci se renfrogna, et s’assit plus loin à une table. Les Cabires étaient absolument étranges. Leur visage semble lisse, avec deux fentes en guise de nez, et des yeux en amandes. Leurs membres fins ne possèdent que trois doigts, et ils sont aussi fins, et petits que des gobelins. A cela s’ajoute leur queue préhensile dotée d’une flamme éternelle. Dellerta avait lue que l’état de la flamme révèle l’humeur, et l’état de santé des Cabires. Cependant, la chose la plus surprenante était la souplesse des os de ces humanoïdes. Leurs membres peuvent se plier légèrement pour permettre de courir à quatre pattes, ce qui en faisait de bons messagers. Dellerta se souvint que Gallis avait d’ailleurs servi de messager au sein de l’église du Sinistre. Il avait changé de vie, comme elle.
Des pas lourds résonnèrent dans la pièce, et Dellerta se tourna vers le nouvel arrivant. Elle reconnut Rihad Pianobé, l’un des sergents instructeurs de Beïfrost. C’était l’un des humains le plus laid qu’elle ait rencontrée, mais son allure forçait le respect. Doté d’une musculature solide, Rihad présentait de multiples cicatrices faciales. Il avait survécu à maintes épreuves, et les traces de griffes proches de son œil gauche, la brûlure de sa joue droite, ainsi que sa lèvre fendue, tendait à prouver sa résistance. Dellerta savait que Rihad venait du désert au Sud de Middas, car sa peau marron était caractéristique des régions chaudes. Souvent, elle surprenait le regard méfiant de l’humain sur elle, et elle ne comprenait que trop bien. Rihad avait dû connaître la bataille des griffes cendrés, durant laquelle de nombreux érynies avaient pillés les caravanes des nomades, et exécutés les familles par centaines. Peut-être que Rihad avait une famille parmi les nomades. Aujourd’hui elle n’en était pas fière, mais Dellerta avait participé à cette tuerie avec plaisir, à l’époque.
- Bien ! Nous sommes tous là. A part l’archi-mage bien sûr, aboya Gallis en claquant son livre.
- Salutations, annonça Rihad d’un ton monocorde.
Les daévaniques hochèrent la tête. Rihad s’assit sur un tabouret, patient.
- Dis-moi Sergent, as-tu entendu des rumeurs sur la mort d’un ver de Givre ? Questionna Gallis.
- Eh bien ! Laissez-moi réfléchir… non, répondit l’humain prit au dépourvu.
- Tu en es bien sûr ? Un élève m’a rapporté que quelques soldats en aurait vu un, et l’aurait tué. J’aurais besoin des sucs gastriques de l’animal, pour un projet.
- Je tâcherais de me renseigner, répondit Rihad poliment.
- Bien, bien…
Gallis sortit alors, d’une poche intérieure, une petite pierre aux reflets mauves. Il s’escrima à palper les dizaines de facettes de la pierre, et les reflets devinrent tour à tour, verts, jaunes, argentés, puis blancs. Le Cabire semblait chercher quelque chose dans la pierre. Intrigués, les deux autres veilleurs ne pipèrent mots, tout en observant Gallis.
Une vapeur dorée grandit dans l’encadrement de l’entrée, et tous se tournèrent vers l’entrée. La vapeur s’éleva pour dessiner les traits d’une robe, et d’un visage long et fin. Lorsque des yeux en amandes, et une courte barbiche émergea du visage volatile, ils reconnurent l’archi-mage, et sa voix se fit entendre.
- Mes chers amis, je suis désolé d’être tardif, et de ne point me présenter physiquement ! Je suis malheureusement… retenu.
- Ce n’est pas grave, mais venez-en au fait, coupa le Cabire, Euh… S’il vous plaît.
- Oui, assura la brume d’un sourire. Vous savez tous que nous recevons régulièrement la visite du premier secrétaire de Middas… mais la date a été… avancée, par le nouveau secrétaire. Je crains que celui-ci ait choisi un moyen de transport peu commode, pour notre région. Il dispose visiblement d’un carrosse, et…
- Quoi ! Coupa le Cabire, il faut être inconscient de prendre un carrosse dans le froid hivernal, et ici, en plus.
- Pourrais-tu ne PLUS couper l’archi-mage, grogna Dellerta.
Les deux daévaniques échangèrent un regard glacial, et la brume reprit parole.
- En vérité, j’ai besoin de vos services à tous les trois, car des pillards rôdent à proximité de la forêt, selon les veilleurs de la nuit dernière. Cela vous est-il possible de suivre le carrosse, pour assurer sa sécurité ?
- Oui, affirma Gallis
- Bien sûr, répondit Dellerta.
- Qu’attendons-nous ? lança Rihad.
La brume s’inclina légèrement avant de disparaître. Rihad fut alors pris de convulsions, suivi des deux autres professeurs. Leurs vêtements devinrent rapidement plus grands qu’eux. Des bruits effroyables de bêtes sortirent de leurs cordes vocales, et des griffes poussèrent en guise d’ongles. Des poils, ou des plumes hérissèrent leurs peaux nues. Un gros loup noir sortit des vêtements de Rihad. Gallis poussa de longs cris stridents, sous sa forme de corbeau, et une renarde rousse comme le feu surgit des vêtements de Dellerta. Les animaux filèrent dans l’escalier, se rapprochant du froid mordant de la nuit.


*****


Plus le temps passait, plus les arbres de la forêt semblaient rabougris. Le secrétaire d’État fixait l’immensité verte des sapins, perdu dans ses pensées. La malchance, ou quelque maléfice semblait décidé à le ralentir. Il avait sommeillé une petite heure, lorsqu’il avait entendu un épouvantable bruit. Le carrosse s’était alors mis à le secouer comme un prunier. Fort heureusement, le carrosse s’était arrêté assez rapidement. La roue arrière gauche s’était brisée. Les conducteurs s’était mis à la tâche de poser une nouvelle roue, mais ces manants avaient osé suggérer que le secrétaire sorte hors carrosse. Évidemment, Aloüsius avait refusé, mais il regrettait le manque de savoir-vivre des indigènes. Il avait fallu plus d’une heure pour que la roue soit changée. L’allure du véhicule était désormais infiniment plus lente. Malgré ses ordres, les conducteurs prétextaient que la roue de secours était la seule, et que le terrain serait bientôt verglacé. En sus, ils avaient marmonnés que le secrétaire aurait dû prendre un Fournack, s’il voulait aller plus vite. Lorsqu’Aloüsius avait été à Hagen, la dernière ville avant le Nord sauvage de Middas, il s’était arrêté à une taverne pour changer ses chevaux, épuisés. Les Hagenois lui avaient recommandés de prendre un Fournack. Ignorant ce que cela pouvait bien être, des habitants lui désignèrent une bête absolument repoussante. Plus haute qu’un homme, la créature était longue de cinq mètres. Entièrement velue, et dotée de deux bosses, sa tête évoquait grossièrement celle d’une grenouille poilue. L’odeur de la créature évoquait la viande grasse, et lorsqu’il la vit, Aloüsius jura par les cinq dieux. Le Fournack avait marché sur ses quatre petites pattes, jusqu’au secrétaire pour lui lécher le visage d’affection. Celui-ci, furieux, avait juré qu’il ne monterait jamais sur une telle abomination. Il avait alors conservé son carrosse, deux conducteurs locaux, acceptant de le conduire.
Maintenant que le givre s’étalait sur son carrosse, comme le beurre sur une tartine de pain, il regrettait un peu la fourrure de l’animal. Aloüsius effleura le cuir de sa valise. Il se souvint alors, qu’il avait apporté une bouteille de cognac nain. Sa première idée avait été de l’offrir à l’archimage, mais personne n’en saurait rien. Il ouvrit la valise, dénoua le joli ruban mordoré de la bouteille, dévissa le bouchon de liège, et prit une bonne rasade. Le feu de l’alcool lui remplit la bouche, et il sentit la chaleur remplir son corps.
- Fort, et sucré, commenta-t-il pour lui-même. Il faudra que je pense à retourner dans cette petite boutique de Hagen, avant de retourner à la capitale.
Il prit une autre gorgée de l’alcool, en renversant la tête en arrière. Ses pensées vagabondèrent sur son voyage, et le détestable climat de la région. Plus il buvait, plus il s’éloignait de ses inquiétudes, jusqu’au moment où la bouteille ne contenait plus une goutte d’alcool. Le carrosse semblait faire un bruit d’enfer, et le bruit du vent semblait lui hurler aux oreilles, ou peut-être était-ce vraiment des hurlements. Le secrétaire se pencha alors maladroitement à la fenêtre du carrosse. Une flèche se planta dans la porte passager. Broots, même ivre, eût la présence d’esprit de se coucher au sol, marmonnant.
- C’est… le.. la merde ! Un rêrêve…vouui… un cauchemar !
Les secousses du carrosse se firent plus violentes, et le secrétaire s’évertua à rester coucher, malgré le chaos ambiant. La valise vola à travers l’habitacle, et assomma littéralement le secrétaire. Les Conducteurs roulaient tant bien que mal, forçant les chevaux à se surpasser. Georg, le deuxième conducteur tenait tant bien que mal son bras invalide, une flèche logée près de son épaule droite. Derrière le Carrosse, les agresseurs essayaient maladroitement de rattraper leur victime. Le Yénos chargeait furieusement sur le sol humide. D’une taille impressionnante, la moitié d’un carrosse, l’animal friand de chair, pouvait parcourir de longues distances, et les conducteurs le savaient. Le problème se corsait si l’on ajoutait les trois passagers du monstre.
- Ce sont des gobelins ! Hurla Georges à son compagnon.
- Tiens les rênes ! Répondit Richard, le premier conducteur. Il faut les ralentir, où nous sommes morts.
Ce faisant, Richard prit l’initiative d’escalader le toit du carrosse. Une flèche siffla, survolant le carrosse. Le Yénos ouvrit sa mâchoire inférieure, aux innombrables défenses, et entreprit de frapper une roue de sa grosse tête de hyène. La créature ne parvint cependant pas assez proche, mais ce n’était qu’une question de secondes. Richard saisit une valise du secrétaire sur le toit, elles étaient lourdes à souhait. Une flèche s’enfonça dans la valise, et le conducteur la lança avec force sur les agresseurs. Le Yénos esquiva le projectile, en ralentissant violemment son allure, ses passagers manquants tomber. La joie de Richard fut de courte durée, car la créature poussa un cri bestial, et se remit aussi sec à courir. Il devait préparer une nouvelle offensive, et espérait qu’il les dissuaderait à force de coups de valises. Les Gobelins semblaient exciter le Yénos, le frappant au sang, pour qu’il accélère. Richard jura entre ses dents :
- Ces pestes ne nous lâcheront jamais !
Les gobelins grognèrent, en brandissant leurs arcs. Les humanoïdes verdâtres, et squelettiques portaient des pagnes de fourrures crasseuses. L’un d’eux se tenant proche de la tête du Yénos, agrippant des rênes improvisés, et des touffes de poils. Leurs grosses oreilles de chauve-souris s’agitèrent de frénésie guerrière, en s’approchant dangereusement. Richard vit également des ombres surgirent des bois. Deux valises supplémentaires volèrent jusqu’au Yénos, mais celui-ci semblait bondir avec aisance pour éviter de ralentir. C’est alors que le Yénos parvint à hauteur du chariot, ces passagers libérant deux flèches sur Richard. Il s’effondra sur les bagages restants. Les chevaux ralentirent sensiblement l’allure, Georg avait tenu pendant un long moment, mais tenir les rênes devenait un supplice insupportable pour son bras meurtri, le sang maculant généreusement son manteau de fourrures. Le carrosse se mit à tanguer sous les coups de côté du monstrueux Yénos. Les Gobelins exultèrent, quand soudain un archer fut emporté par une ombre. D’un violent coup de défenses, le Yénos fit céder une roue arrière du carrosse. Le Carrosse s’effondra sur le côté droit, glissant sur le sol gelé, et les chevaux cédèrent à la panique. Georg fut propulsé tête en avant, dans des arbustes. Le Yenos grogna de satisfaction, mais les gobelins étaient stupéfaits. Leur compagnon était au sol, mort, la gorge arrachée par un loup gris, et un renard. Un cri strident se fit alors entendre, et le « cornac » du Yénos se débattit sous les serres d’un corbeau. Le Yénos leva une de ses pattes griffues l’abattant vers le renard, et le loup. Trop vifs les animaux, esquivèrent, et jaillirent sur les flancs du monstre. Le dernier archer gobelin lâcha une flèche sur le loup, mais l’animal bondit à une vitesse stupéfiante. Les crocs du loup s’enfoncèrent dans la main du gobelin qui glissa au sol, emporté dans une mêlée furieuse. Le Yénos tentait en vain d’écharper le renard, mais celui-ci demeurait insaisissable. Le dernier gobelin tomba au sol, les yeux crevés, et fut piétiné par la sauvagerie de sa propre monture. Le corbeau s’envola, en croassant de plaisir, son bec ensanglanté. Celui-ci survola le Yénos, et le renard, et le loup grognèrent. La tension monta en flèche, mais le monstre recula de dépit. Finalement, le Yénos s’enfuit dans la forêt, sans demander son reste. Les animaux s’approchèrent ensemble du carrosse. Une lueur d’intelligence brillait dans leurs yeux, et le corbeau se lança dans l’exploration de l’habitacle passager. Il en sortit précipitamment, croassant au renard, et au loup. Ceux-ci se mirent à la tâche de sortir le secrétaire du carrosse. C’est alors que Georg se leva mollement des buissons, à moitié assommé. Le renard se dirigea vers lui, un sac dans la gueule, le déposant à ses pieds. Abasourdit Georg crut d’abord qu’il rêvait. Réalisant ce qui s’était passé, il réussit à articuler :
- Vous êtes les animaux de Beïfrost ?
Le renard hocha la tête, signe évident d’intelligence.
- Hmm ! Vous allez… commença Georg en réprimant la douleur de son épaule… prendre le vieux secrétaire ?
Le renard s’approcha de lui, et secoua le sac du bout de la truffe. Georg s’y attarda, l’ouvrant. Il n’en croyait pas ses yeux, des baumes, et des potions magiques. Ces objets valaient beaucoup d’or. Le renard semblait impatient. Georg ne se fit pas prier, il versa goulûment la potion dans son gosier, et sentit la flèche tomber au sol, puis sa plaie disparaître dans une chaleur apaisante. Pendant ce temps, le loup semblait avoir déniché une valise, qu’il portait entre ses crocs, et le corbeau enroulait une corde de chanvre autour de la taille du secrétaire. Georg fut surpris de réaliser ce que pouvait accomplir ces animaux. Il sentit le renard lui mordiller la main, et crut qu’elle voulait l’attaquer, mais celle-ci voulait simplement qu’elle le suive. Georg marchait mollement, encore un peu sonné, mais suivit néanmoins le renard, essentiellement par réflexe. Celui-ci s’assit à quelques mètres des chevaux. Georg remarqua que les chevaux étaient encore harnachés, et qu’il n’en restait plus qu’un de vivant. Georg commençait à comprendre.
- T’inquiètes pas, je vais me barrer tranquillement avec le canasson. C’est bien ça que tu veux me dire ?
En guise de réponse, le renard s’enfuit en courant à travers les bois. Georg fut surpris de voir le minuscule corbeau voler avec le secrétaire suspendu au bout d’une corde, et le loup n’était déjà plus là.
- C’est la première, et dernière fois que je viens dans le coin !
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